
Critique n°1 : Le Dieu-Oiseau, Aurélie Wellenstein
« Je veux le faire. Je le ferai. J’attends ce moment depuis dix ans. »
— Faolan
J’inaugure ce blog avec la critique du Dieu Oiseau, d’Aurélie Wellenstein. Et le moins que je puisse dire, c’est que la lecture de cet ouvrage m’a profondément ébranlée. Je n’en suis pas ressortie indemne.
Dans ce roman, nous suivons l’histoire de Faolan, un jeune esclave. Au service de Torok, fils du chef du clan du Bras de Fer, il ne rêve que d’une chose : se venger. A juste titre. Suite à la grande compétition visant à récupérer l’œuf du Dieu Oiseau ayant lieu tous les dix ans, le clan du Bras de Fer a massacré et dévoré sa famille devant ses yeux. Il ne s’en est sorti que par miracle ; Torok, intrigué par ses yeux étranges, a souhaité l’avoir comme esclave personnel…à qui il fait passer toutes ses lubies et fantaisies perverses. En conséquence de quoi, Faolan le hait. Pour se venger, il souhaite, enfin, pouvoir participer à la grande compétition du Dieu Oiseau et mener l’assaut sur le clan du Bras de Fer…Mais de nombreux obstacles l’attendent.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’univers présenté ici est violent, sans concession. Violent déjà par l’évocation du banquet, orgie de violence et de mort. Violent par les sévices que fait subir Torok à Faolan : blessures, coup de fouet, tortures psychologiques…à l’image du passage déchirant où le fils du chef de clan emmène notre héros sur les terres dévastées de son ancien clan, et l’humilie en public. Violent par la compétition du dieu-oiseau, les combats, les épreuves…et la scène de sacrifice humain à l’issue des sélectifs, qui rappelle de façon troublante les sacrifices humains mayas.
Et pourtant j’ai eu du mal à décrocher du roman. La plume d’Aurélie Wellenstein nous entraîne et nous transporte. Le style, simple, n’en est que plus percutant, surtout dans les scènes qui évoquent le banquet où les proches de Faolan ont été tués. Nul besoin d’une succession ornementale d’adjectifs pour décrire cet univers sans concession. On sent réellement le traumatisme du personnage, ses souffrances, les conséquences sur son quotidien. Il ne pense qu’à sa survie, ne supporte plus d’être touché de quelque manière que ce soit. L’auteur le dit elle-même, c’est un récit de la psychose : passé un certain point, Faolan ne sait plus ce qui est réel ou non. Ce qui soulève quelques interrogations sur la fin du roman, que je ne détaillerais pas ici.
J’ajouterai aussi que les personnages sont tous très bien campés. Il m’a été impossible de ne pas sympathiser avec Faolan, d’avoir peur pour lui, de me méfier avec lui, d’atteindre avec lui l’œuf du Dieu Oiseau . Comme si j’étais moi-même aussi traumatisée que lui. On ne peut qu’admirer sa détermination à s’en sortir, à survire, et même à se venger…alors que certains essayent de l’en dissuader, comme la cuisinière qui a elle-même tenté de participer aux sélectifs pour finalement échouer aux portes de sa vengeance. Et si certaines de ses actions peuvent sembler contestables, elles ont au moins le mérite de faire se questionner le lecteur sur la façon dont lui aurait réagi. Alors que la compétition du dieu-oiseau représente sa seule chance de se venger, est-il raisonnable de vouloir se faire des alliés ? J’aurais aimé cependant que certains personnages soient un peu plus développés, notamment Torok, qui au début du livre n’apparaît que comme le grand méchant de l’histoire. Ou alors n’est-ce que le point de vue de Faolan, qui ne le voit que comme l’antagoniste de sa vie ?
J’accorde enfin une mention particulière à la couverture, qui est véritablement magnifique. Pour avoir lu d’autres ouvrages d’Aurélie Wellenstein, j’ai pu voir que c’est le cas pour chacun de ses romans. Mes félicitations au graphiste.
J’accorde donc la note de 8,5 sur 10 à ce roman. C’est un bon roman, qui m’a transporté, mais qui n’a pas le petit quelque chose qui fait que j’ai eu un réel coup de cœur.
Bravo pour cette première critique ! ♥
De la façon dont tu le présentes, le personnage de Faolan me rappelle le protagoniste de l’esclave de Carol Berg. Je ne sais pas si tu connais mais c’est une série plutôt sympathique !
En tout cas, tu m’as vraiment donné envie de lire cet ouvrage, alors même que la fantasy ne m’attire plus depuis des années.
GG !
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Merci ❤
Je ne connais pas du tout Carol Berg, mais j'irais jeter un œil ! Pour moi c'est ça : Faolan a subi tellement d'horreurs dans sa vie qu'il est complètement conditionné, et irrémédiablement changé, tant sur le plan physique que sur le plan mental. Et de façon très réaliste, ce traumatisme ne peut pas disparaître de sitôt, contrairement à ce qui pourrait se passer dans d'autres livres/séries…Clairement, on n'a pas la moindre trace d'idéalisation ou de vision fantasmée de ce genre de troubles.
Je suis très contente si cela t'a donné envie de découvrir ce roman, ça prouve que j'ai bien fait mon boulot ! Je pourrais conseiller aussi Le Roi des Fauves, qui est un peu dans la même veine, même si la fin est un peu précipitée à mon goût.
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